Le comité de recherche « Petites sociétés et construction du savoir » (CR24)
Présentation
Le Comité de recherche no 24 « Petites sociétés et construction du savoir » (CR 24) est issu du Groupe de travail no 16 « Problèmes balkaniques » (GT 16), qui a été constitué en mars 1994 lors du colloque « Les Balkans et l’Europe face aux nouveaux défis », tenu à Sofia, et renommé en GT « Sociétés du Sud-Est européen » en 1996 au XVe Congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) qui a eu lieu à Évora (Portugal). Reconnu lors du XVIe Congrès de l’AISLF à Québec (juillet 2000), le CR24 a pour objectif de reconnaître le fait sociologique des sociétés d’envergure et de poids international modestes et de mettre en usage sociologique la notion qui les dénomme sans ambages.
Sur un mode dialectique, le terme de petites sociétés évoque à la fois le désir de « faire société » et l’impossibilité de définir l’ordre du monde, le désir de faire l’histoire et les difficultés d’entrer dans l’histoire mondiale, la prétention à la totalisation et l’expérience de la précarité, la fragilité et la créativité. Plus on pense les sociétés réelles en termes de petites sociétés, plus le nombre des lignes de démarcation augmente. Une société dite petite se distingue également par le manque de contrôle entier sur ses ressources, le déficit de quoi que ce soit, les modèles de développement particuliers, un rapport spécifique aux mythes, etc. Peu importe la taille du pays, sa localisation géopolitique, son degré de développement économique, son type de régime politique. Ce qui relie les caractéristiques sus-mentionnées, c’est la position non-hégémonique, la posture de domination dans lesquelles se trouvent ces pays désignés par le terme de petites sociétés. Bref, c’est un mode particulier d’être au monde ou une forme spécifique de vivre ensemble.
Bien que conceptuellement souple, l’adjectif« petit » signale des types de rapports au monde qui contraignent, sans tout à fait conditionner, les évolutions et les trajectoires tant individuelles que collectives, et permet d’identifier des formes de développement partagées au-delà des dichotomies qui, présentant longtemps le monde divisé en pays développés – pays en voie de développement, pays avancés – pays émergents, le stigmatisent plutôt que de le questionner. L’étude de la réalité sociale « à partir du petit bout de la lorgnette » ne signifie ni une « provincialisation de l’Europe » au sens des études post-coloniales qui cherchent à renverser la perspective d’analyse en portant sur l’Ouest le regard de l’Autre, ni une opposition pure et simple aux modèles interprétatifs en provenance des aires sociologiques hégémoniques. C’est une piste exploratoire qui veut aller au-delà de la vieille occidentalisation de la recherche et de son épistémologie en apportant à la compréhension du social une approche qui, scrutant le rapport entre le grand et le petit, le relativement stable et le momentanément fragile, le muni et le démuni, le puissant et le moins fort, peut mieux éclairer les enjeux communs.
- Extraits tirés du texte de Svetla Koleva, « Repenser la problématique du CR24 Petites sociétés et construction du savoir », Sofia, 2008, présidente du CR24 de sa fondation jusqu'en 2024